Monoxyde de carbone au travail : repérer les signes, agir vite
Un groupe électrogène qui tourne dans un local mal ventilé, un chariot thermique qui roule toute la journée dans un entrepôt fermé, une chaudière mal réglée dans une chaufferie exiguë : le monoxyde de carbone (CO) s’accumule sans odeur, sans couleur, sans signe visible. Chaque année, des salariés sont intoxiqués sur leur lieu de travail sans qu’aucun incendie ne soit en cause. Le danger vient justement de là : on ne voit rien venir.
Un gaz qui ne prévient pas
Le monoxyde de carbone se forme lors de toute combustion incomplète : moteur thermique, chaudière, groupe électrogène, chariot élévateur au gaz ou au diesel, appareil de chauffage d’appoint. Dans un espace mal ventilé, sa concentration peut monter en quelques minutes à un niveau dangereux pour la santé.
Contrairement à la fumée d’incendie, le CO ne pique pas les yeux, ne sent rien et ne fait pas tousser au premier contact. Les salariés présents continuent souvent de travailler normalement, jusqu’à ce que les premiers symptômes apparaissent, parfois trop tard pour réagir seuls.
Les situations à risque les plus fréquentes en entreprise
Certaines configurations reviennent régulièrement dans les cas d’intoxication en milieu professionnel :
- Groupes électrogènes utilisés en intérieur ou à proximité immédiate d’une porte ou d’une prise d’air, notamment lors de coupures de courant ou sur chantier.
- Chaufferies et chaudières mal entretenues ou dont le conduit d’évacuation est obstrué.
- Engins thermiques (chariots élévateurs, nacelles, compresseurs) utilisés dans des entrepôts, ateliers ou parkings couverts sans ventilation suffisante.
- Travaux en espace confiné : fosses, cuves, sous-sols, où des outils thermiques sont parfois utilisés par erreur.
- Appareils de chauffage d’appoint (braseros, chauffages mobiles) sur des chantiers extérieurs par temps froid, utilisés dans des locaux ou des tentes fermées.
Un même local peut passer d’un usage sans risque à une situation dangereuse simplement parce qu’une porte est restée fermée un jour d’hiver, ou qu’un engin thermique a remplacé temporairement un modèle électrique.
Reconnaître les symptômes avant qu’il ne soit trop tard
L’intoxication au CO progresse par paliers, souvent confondus au départ avec de la fatigue ou un simple coup de chaud.
| Niveau | Symptômes observés |
|---|---|
| Léger | Maux de tête, vertiges légers, nausées |
| Modéré | Confusion, vomissements, faiblesse musculaire, troubles de la vue |
| Sévère | Perte de connaissance, convulsions, arrêt respiratoire |
Un signe doit particulièrement alerter : plusieurs personnes présentes dans le même local se plaignent des mêmes symptômes en même temps. Un mal de tête isolé peut avoir mille causes. Trois collègues qui ressentent la même chose dans la même pièce, c’est un faisceau de preuves qui doit déclencher l’alerte immédiatement.
Les gestes qui sauvent
Face à une suspicion d’intoxication au CO, l’ordre des actions compte autant que les gestes eux-mêmes :
- Évacuer immédiatement toutes les personnes présentes vers l’extérieur, sans chercher à comprendre ou à couper la source en premier.
- Aérer le local en ouvrant portes et fenêtres, sans y retourner soi-même pour le faire si la concentration semble déjà élevée.
- Alerter les secours (15 ou 18) en précisant qu’il s’agit d’une suspicion d’intoxication au CO, information qui change la prise en charge médicale.
- Ne jamais réintégrer les lieux avant l’intervention des secours ou d’un professionnel, même pour récupérer des affaires ou couper un appareil.
- Surveiller la victime consciente et la mettre au repos à l’air libre ; en l’absence de conscience ou de respiration normale, appliquer les gestes de premiers secours appris en formation SST (position latérale de sécurité, réanimation si besoin) en attendant les secours.
Ces réflexes ne s’improvisent pas sous le coup du stress. C’est tout l’objet de la formation Sauveteur Secouriste du Travail (SST) : savoir évaluer une situation dangereuse avant d’intervenir, protéger sans se mettre soi-même en danger, et alerter avec les bonnes informations.
Ce que l’employeur doit mettre en place
L’obligation générale de sécurité de l’employeur (Art. L4121-1 du Code du Travail) impose d’évaluer ce risque dès qu’un équipement thermique ou une installation de combustion est présent dans l’entreprise. Concrètement, cela passe par :
- L’installation de détecteurs de monoxyde de carbone dans les locaux concernés (chaufferie, local groupe électrogène, atelier avec engins thermiques).
- La maintenance régulière des chaudières et des conduits d’évacuation, par un professionnel qualifié.
- L’interdiction stricte d’utiliser un groupe électrogène ou un engin thermique dans un local fermé sans ventilation adaptée.
- La présence de salariés formés SST, en particulier dans les ateliers et chantiers identifiés comme à risque (obligation renforcée par l’Art. R4224-15 du Code du Travail pour les ateliers dangereux).
Le risque CO n’apparaît dans aucun plan d’évacuation incendie classique, et c’est bien le problème : il demande sa propre vigilance, distincte de la sécurité incendie traditionnelle.
Active-Formation forme vos équipes aux gestes de premiers secours et à la reconnaissance des situations dangereuses, y compris les risques invisibles comme l’intoxication au CO. Basés à Saint-Malo, nos formateurs interviennent dans toute l’Ille-et-Vilaine et le Grand Ouest pour la formation Sauveteur Secouriste du Travail. Contactez-nous pour organiser une session adaptée à votre activité.