Risque incendie sur un chantier BTP : obligations et prévention
Un chantier de rénovation à Rennes a démarré un incendie à cause d’une opération de soudure près de panneaux isolants stockés à quelques mètres. Le feu s’est propagé en moins de dix minutes, détruisant une partie du bâtiment en cours de réhabilitation. Ce type de sinistre revient chaque année sur des chantiers du BTP, et il est presque toujours lié aux mêmes causes : des travaux par point chaud mal encadrés et des matériaux combustibles stockés au mauvais endroit.
Le chantier n’est pas un établissement classique. Il change de configuration chaque semaine, mélange des entreprises différentes, et accumule des matériaux inflammables (isolants, bois, solvants, gaz) dans un environnement souvent temporaire et peu structuré. Le risque incendie y est donc particulier et demande une organisation spécifique.
Les sources de risque propres au chantier
Trois causes reviennent systématiquement dans les incidents recensés sur les chantiers :
- Les travaux par point chaud : soudure, meulage, découpe au chalumeau, décapage thermique. Une étincelle projetée à plusieurs mètres peut enflammer un matériau combustible sans que l’opérateur s’en rende compte immédiatement.
- Le stockage de matériaux inflammables : panneaux isolants, mousses polyuréthane, solvants, peintures, bouteilles de gaz. Sur un chantier actif, ces produits sont souvent stockés à proximité immédiate de la zone de travail, faute d’espace dédié.
- Les installations électriques provisoires : tableaux de chantier, rallonges, groupes électrogènes. Une installation mal dimensionnée ou dégradée par les intempéries est une source fréquente de départ de feu.
À cela s’ajoute la base vie (algecos, réfectoire, vestiaires), souvent construite en matériaux légers et rapidement inflammables, où circulent des installations électriques et parfois des équipements de chauffage d’appoint.
Le permis de feu, un outil trop souvent négligé
Dès qu’une opération de point chaud est prévue, l’entreprise intervenante doit établir un permis de feu. Ce document formalise les précautions prises avant, pendant et après les travaux :
| Étape | Mesure |
|---|---|
| Avant | Dégager un rayon de 10 mètres autour de la zone de tout matériau combustible |
| Pendant | Prévoir un extincteur adapté et une personne dédiée à la surveillance |
| Après | Maintenir une surveillance du poste pendant au moins 1 heure après la fin des travaux |
Le permis de feu n’est pas qu’une formalité administrative. C’est la trace écrite que les précautions ont bien été prises, un document qui devient déterminant en cas d’enquête après sinistre.
Ce que dit le Code du Travail
L’article L4121-1 du Code du Travail impose au maître d’ouvrage et aux entreprises intervenantes une obligation générale de sécurité, qui s’applique pleinement sur un chantier. En pratique, cela se traduit par :
- La désignation d’un coordonnateur sécurité et protection de la santé (SPS) sur les chantiers impliquant plusieurs entreprises,
- La présence d’extincteurs adaptés à proximité de chaque zone à risque,
- Un plan général de coordination qui identifie les zones de stockage et les procédures en cas de départ de feu.
Sur les chantiers de plus de 20 travailleurs, l’article R4224-15 du Code du Travail impose également la présence d’un Sauveteur Secouriste au Travail (SST), indispensable en cas de brûlure ou d’accident lié à un départ de feu.
Former les équipes présentes sur le terrain
Contrairement à un site industriel fixe, un chantier voit passer des équipes différentes selon les phases de travaux. Cela rend la prévention incendie plus difficile à maintenir dans la durée, mais ce n’est pas une excuse pour l’ignorer.
Quelques pratiques limitent concrètement le risque :
- Former au moins un Équipier de Première Intervention par équipe présente sur le chantier, capable de réagir dans les premières minutes d’un départ de feu.
- Vérifier la présence et l’accessibilité des extincteurs à chaque changement de configuration du chantier, pas seulement au démarrage.
- Interdire le stockage de matériaux inflammables à proximité des zones de travaux par point chaud, même temporairement.
- Sensibiliser chaque nouvelle entreprise intervenante aux règles du chantier avant qu’elle ne commence ses travaux.
Un chantier bien préparé sur le plan incendie n’est pas seulement conforme sur le papier : il réagit correctement le jour où une étincelle part au mauvais endroit.
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