Sécurité incendie en clinique et hôpital : obligations ERP type U

Dans un hôpital ou une clinique, on ne sort pas un patient sous perfusion en pleine intervention chirurgicale parce qu’une alarme sonne à l’étage du dessus. La logique de mise en sécurité y est radicalement différente de celle d’un bureau ou d’un commerce : on ne fuit pas le bâtiment, on déplace le danger ou le patient d’un secteur à un autre. Cette contrainte structure toute la réglementation applicable aux établissements de soins, classés ERP de type U.

Un classement qui impose l’évacuation différée

Les établissements de soins (hôpitaux, cliniques, centres de rééducation, maisons de convalescence) relèvent de la catégorie ERP type U. Compte tenu de leurs effectifs, la majorité d’entre eux sont classés en 1ère catégorie, ce qui les soumet aux contrôles les plus stricts de la commission de sécurité.

Le principe qui gouverne ces bâtiments n’est pas l’évacuation totale et immédiate, mais l’évacuation horizontale différée. Le bâtiment est découpé en secteurs coupe-feu indépendants, généralement de part et d’autre d’un couloir. En cas de sinistre, les patients ne quittent pas l’établissement : ils sont transférés du secteur sinistré vers le secteur voisin, protégé par des parois et des portes résistantes au feu pendant au moins une heure. L’évacuation verticale vers l’extérieur reste l’exception, réservée aux cas où le sinistre menace l’ensemble du bâtiment.

Cette logique impose des exigences précises :

Gaz médicaux et produits inflammables : des risques propres au soin

Un établissement de santé cumule des sources de risque qu’on ne retrouve pas ailleurs. L’oxygène médical, distribué en continu dans de nombreuses chambres, agit comme un comburant puissant : il ne brûle pas lui-même mais accélère considérablement la combustion d’un matelas, d’un tissu ou d’un pansement. Le protoxyde d’azote, utilisé au bloc ou en salle de réveil, présente un risque comparable.

À cela s’ajoutent les solutions hydroalcooliques, omniprésentes dans les couloirs et les chambres, dont la teneur en alcool les rend inflammables en grande quantité stockée. Un chariot de soin mal entretenu à proximité d’une prise défectueuse suffit à déclencher un départ de feu que l’oxygène ambiant peut ensuite aggraver en quelques secondes.

Le personnel doit savoir couper une arrivée d’oxygène murale, connaître l’emplacement des vannes de coupure par secteur, et ne jamais utiliser un extincteur à CO₂ dans une pièce où circule de l’oxygène en continu. Ces réflexes s’apprennent lors de la formation Équipier de Première Intervention, adaptée au contexte médical.

Former un personnel soignant qui travaille en 3x8

L’article R4227-28 du Code du travail impose à tout employeur de former son personnel à la lutte contre l’incendie. Dans un établissement de santé, cette obligation se heurte à une contrainte organisationnelle forte : le personnel travaille en horaires postés, souvent en effectif réduit la nuit, avec un roulement permanent entre soignants, personnel technique et administratif.

Concrètement, cela signifie :

La formation SST garde ici toute sa pertinence, y compris pour du personnel déjà formé aux gestes de secours dans son métier : les procédures d’urgence incendie et les gestes de premiers secours ne se recouvrent pas entièrement, et un aide-soignant n’est pas automatiquement formé à l’évacuation.

Des exercices qui ne peuvent pas déplacer de vrais patients

L’exercice annuel obligatoire (Art. R4227-39 CT) prend une forme particulière : il est impensable de transférer réellement des patients hospitalisés pour un exercice. Les établissements simulent donc le scénario sur un secteur donné, avec des lits vides ou des mannequins, en chronométrant le temps de fermeture des portes coupe-feu et la mobilisation du personnel présent.

Ce qui ressort le plus souvent de ces simulations : des vannes d’oxygène mal identifiées, des cales de porte retirées in extremis, et un temps de réaction qui varie fortement selon l’ancienneté et la formation de l’équipe présente ce jour-là.


Active-Formation accompagne les établissements de santé de Bretagne dans la mise en conformité de leurs équipes, avec des sessions adaptées aux contraintes du travail posté. Basés à Saint-Malo, nos formateurs interviennent en Ille-et-Vilaine et dans tout le Grand Ouest pour construire un plan de formation réaliste, secteur par secteur.