Sécurité incendie en IGH : des obligations bien plus lourdes qu'en ERP
Un immeuble de bureaux qui dépasse 28 mètres de hauteur ne relève plus du même régime réglementaire qu’un ERP classique. On parle alors d’IGH, Immeuble de Grande Hauteur, une catégorie à part entière du Code de la Construction et de l’Habitation, avec des exigences en matière de sécurité incendie sans commune mesure avec celles d’un bâtiment courant.
Peu d’exploitants mesurent l’écart entre les deux régimes avant de s’y confronter. Voici ce qui change concrètement quand un bâtiment bascule en IGH.
Ce qui définit un IGH
Le seuil de hauteur qui déclenche le classement IGH varie selon l’usage du bâtiment : 28 mètres pour un immeuble d’habitation, 50 mètres pour les autres usages (bureaux, hôtels, commerces). La hauteur se mesure du sol utilisable par les engins de secours jusqu’au plancher bas du dernier niveau.
Le classement se décline ensuite par lettres selon l’activité principale : GHA pour l’habitation, GHO pour les hôtels, GHW pour les bureaux, GHZ pour les immeubles à usages multiples. Chaque catégorie porte ses propres prescriptions techniques, définies par l’arrêté du 30 décembre 2011 modifiant le règlement de sécurité IGH.
Ce classement n’est pas une formalité administrative. Il conditionne l’ensemble de l’organisation de la sécurité du bâtiment, du personnel présent aux équipements installés.
Un service de sécurité incendie permanent et qualifié
C’est la différence la plus structurante avec un ERP. Un IGH doit disposer en permanence d’un service de sécurité incendie, composé d’agents titulaires du diplôme SSIAP (Service de Sécurité Incendie et d’Assistance à Personnes), avec au minimum un chef d’équipe SSIAP 2 présent 24h/24.
Ce service assure la surveillance du poste central de sécurité, le déclenchement des procédures d’évacuation, l’accueil et le guidage des secours, ainsi que la levée de doute en cas d’alarme. Contrairement à un ERP de catégorie 4 ou 5, où des équipiers de première intervention formés en une journée peuvent suffire, un IGH exige une présence qualifiée en continu, avec des effectifs calculés selon la surface et la catégorie du bâtiment.
Cette exigence ne dispense pas de former le reste du personnel. Les salariés qui travaillent dans les étages restent concernés par la formation Équipier de Première Intervention (EPI) pour réagir à un départ de feu avant l’intervention du service de sécurité, et par la désignation de guides et serre-files pour organiser l’évacuation de leur zone via la formation EVAC.
Compartimentage et désenfumage renforcés
Un IGH repose sur le principe du compartimentage : chaque niveau est découpé en compartiments coupe-feu de degré 1 heure minimum, capables de contenir un incendie sans qu’il se propage aux zones voisines pendant la durée nécessaire à l’évacuation et à l’intervention des secours. Les portes, cloisons et gaines techniques répondent à des classements de résistance au feu bien supérieurs à ceux exigés en ERP.
Le désenfumage est également mécanique et non naturel dans la majorité des configurations, avec des groupes de ventilation dédiés à chaque compartiment. Ces installations sont pilotées depuis le Système de Sécurité Incendie (SSI), généralement de catégorie A, la plus complète, avec un report d’alarme et de commande centralisé au poste de sécurité.
La maintenance et les vérifications périodiques de ce SSI mobilisent des compétences techniques précises. La formation SSI permet aux exploitants et responsables techniques de comprendre l’architecture de leur système, d’interpréter les alarmes et de dialoguer efficacement avec les bureaux de contrôle et les mainteneurs.
Évacuation ou mise à l’abri : un choix qui dépend de l’étage
Contrairement à un ERP courant où l’évacuation totale et immédiate est la règle, un IGH fonctionne le plus souvent sur un principe d’évacuation différée par zone. En cas de sinistre, seul le compartiment concerné et les niveaux directement exposés évacuent dans un premier temps ; le reste du bâtiment reste en attente, protégé par le compartimentage, le temps que la situation soit évaluée.
Cette logique déroute souvent les occupants habitués aux consignes classiques d’évacuation immédiate. Elle suppose une communication claire, des exercices réguliers et un personnel capable d’expliquer pourquoi certains niveaux ne sont pas évacués alors que l’alarme retentit ailleurs dans le bâtiment. Un exercice mal préparé, où les occupants évacuent en masse alors que la procédure prévoit une évacuation par zone, peut créer plus de désordre que l’incendie lui-même.
Ce que retiennent les commissions de sécurité en IGH
La commission de sécurité compétente pour les IGH contrôle des points souvent absents des grilles ERP classiques :
- la présence effective et la qualification du service de sécurité incendie (diplômes SSIAP à jour),
- le bon fonctionnement du compartimentage et l’absence de percements non protégés dans les cloisons coupe-feu,
- la cohérence entre le PC sécurité, les plans d’intervention et les consignes affichées à chaque niveau,
- la traçabilité des exercices d’évacuation par zone dans le registre de sécurité.
Un IGH qui néglige la formation continue de ses équipes s’expose à des observations lourdes de conséquences, allant jusqu’à la mise en demeure, dans un contexte où la responsabilité pénale du dirigeant est directement engagée en cas de sinistre.
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