Chauffage d'appoint au travail : le risque incendie qui revient l'hiver
Chaque année, les premiers froids font réapparaître le même objet dans les bureaux, les ateliers et les arrière-boutiques : le petit radiateur soufflant acheté en grande surface, glissé sous un bureau ou posé à côté d’un carton d’archives. Personne ne l’a déclaré, personne ne l’a vérifié, et il tourne parfois toute la nuit. En intervention, nos formateurs retrouvent ce scénario à chaque saison : le départ de feu ne vient ni de la production ni de la cuisine, mais d’un appareil de chauffage installé « juste pour quelques semaines ».
Voici comment ce risque se construit, ce que l’employeur doit encadrer et les règles simples qui évitent la plupart des incidents.
Pourquoi le chauffage d’appoint met le feu
Un appareil de chauffage d’appoint n’est pas dangereux en soi. Il le devient dans un contexte précis, presque toujours le même.
La proximité avec des matières combustibles
Papier, cartons, rideaux, vêtements posés sur le dossier d’une chaise, poubelle de bureau : la plupart des départs de feu liés au chauffage viennent d’un objet trop proche de la source de chaleur. Les fabricants indiquent une distance de sécurité dans la notice, souvent autour d’un mètre devant l’appareil. Dans un open space ou sous un plan de travail, cette distance n’est quasiment jamais respectée.
Le branchement électrique
Un radiateur soufflant de 2 000 W branché sur une multiprise déjà occupée par un ordinateur, deux écrans et une imprimante : la prise chauffe, le plastique se déforme, puis l’échauffement gagne la gaine du câble. Le problème est aggravé quand plusieurs salariés branchent chacun leur appareil sur le même circuit, dimensionné pour du matériel informatique et non pour du chauffage.
Les appareils à combustion
Poêles à pétrole, chauffages au gaz sur bouteille, braseros de chantier : en plus du risque incendie, ils produisent du monoxyde de carbone dans un local mal ventilé. Ce risque est traité en détail dans notre article sur l’intoxication au monoxyde de carbone au travail. Dans un bureau ou un commerce, ces appareils n’ont tout simplement rien à faire.
Ce que l’employeur doit encadrer
Aucun article du Code du Travail ne traite spécifiquement des radiateurs d’appoint. Le sujet relève de l’obligation générale de sécurité posée par l’article L4121-1 du Code du Travail : l’employeur doit évaluer les risques et prendre les mesures pour les prévenir. Un chauffage d’appoint installé sans contrôle dans un local de travail est un risque identifiable, donc un risque que l’on peut lui reprocher de ne pas avoir traité.
Concrètement, cela passe par trois actions :
- Inscrire le risque dans le document unique (DUERP), en particulier pour les postes exposés au froid : accueil près d’une porte, atelier non chauffé, local de stockage.
- Fixer une règle claire dans le règlement intérieur ou une note de service : appareils autorisés, appareils interdits, qui valide une demande.
- Traiter la cause réelle. Si les salariés apportent leur propre radiateur, c’est souvent que le chauffage collectif est insuffisant. Corriger le chauffage du bâtiment coûte moins cher qu’un sinistre.
Dans un ERP, la question se pose aussi lors du passage de la commission de sécurité : un appareil mobile branché sur une rallonge dans une zone accessible au public fait partie des remarques les plus fréquentes lors des visites.
Les règles d’usage à afficher (et à faire respecter)
| À faire | À proscrire |
|---|---|
| Appareil électrique récent, marqué CE, avec coupure automatique en cas de basculement | Appareil personnel non vérifié, de récupération ou bricolé |
| Branchement direct sur une prise murale | Multiprise, rallonge enroulée, prises en cascade |
| Au moins un mètre dégagé devant l’appareil | Vêtements, cartons ou papiers posés dessus ou à proximité |
| Extinction systématique en quittant le poste | Fonctionnement la nuit ou le week-end, local vide |
| Placement hors des circulations et des issues de secours | Appareil dans un couloir ou devant une sortie |
Le dernier point est souvent négligé. Un radiateur posé dans un dégagement réduit la largeur de passage et, s’il prend feu, il bloque précisément le chemin que les salariés emprunteront pour évacuer.
Le jour où ça démarre : qui sait réagir ?
Un feu de chauffage d’appoint commence presque toujours petit : une odeur de plastique chaud, une fumée qui sort de la prise, un carton qui noircit. C’est exactement la situation pour laquelle un Équipier de Première Intervention est formé.
Les bons réflexes tiennent en quelques gestes :
- Couper l’alimentation électrique si c’est possible sans s’exposer, en débranchant à la prise ou au tableau.
- Donner l’alerte avant de tenter quoi que ce soit, pour que l’évacuation puisse démarrer si l’attaque échoue.
- Utiliser le bon extincteur : un extincteur CO2 sur un appareil électrique, jamais d’eau sur un équipement sous tension.
- Renoncer si le feu ne cède pas au premier extincteur, fermer la porte et évacuer.
L’article R4227-28 du Code du Travail impose de former le personnel à la manipulation des moyens de secours. Un salarié qui n’a jamais tenu un extincteur perd des secondes précieuses à lire l’étiquette, ou pire, attrape un extincteur à eau devant un radiateur en feu. Ces erreurs sont développées dans notre article sur la technique PASS pour utiliser un extincteur.
Un point à vérifier avant décembre
Le plus simple reste de faire le tour des locaux maintenant, avant que les appareils ne s’installent pour l’hiver : recenser ce qui est déjà branché, retirer ce qui n’a pas sa place, rappeler la règle à tout le monde. Et vérifier que chaque zone dispose bien d’un salarié formé à intervenir sur un début d’incendie.
Pour former vos équipes à réagir face à un départ de feu d’origine électrique, consultez le programme de notre formation Équipier de Première Intervention. Basés à Saint-Malo, nos formateurs interviennent sur site en Ille-et-Vilaine et dans toute la Bretagne, avec des mises en situation sur feu réel adaptées à vos locaux. Contactez-nous pour un devis : contact@active-formation.fr.