Hypothermie au travail : reconnaître les signes et agir vite
Un ostréiculteur qui sort de l’eau à Cancale par un vent de nord-est, un manutentionnaire qui enchaîne les allers-retours en chambre froide, un couvreur bloqué trois heures sur un toit sous la pluie fine de novembre : aucun de ces salariés n’a l’impression de risquer sa vie. Pourtant, l’hypothermie commence dès que la température interne du corps passe sous 35 °C, et il n’est pas nécessaire qu’il gèle pour y arriver. En Bretagne, c’est surtout l’humidité et le vent qui font le travail : une tenue mouillée fait perdre la chaleur du corps bien plus vite que l’air sec.
Le piège, c’est que la victime est souvent la dernière à se rendre compte de son état. Le froid ralentit le cerveau, et un collègue qui « a juste un peu froid » peut glisser vers une situation grave sans le signaler.
Les postes exposés ne sont pas tous en extérieur
On pense spontanément aux chantiers et aux travaux agricoles. Sur le terrain, les situations à risque sont plus variées :
- les métiers de la mer et du littoral : pêche, mareyage, conchyliculture, entretien portuaire ;
- les entrepôts frigorifiques et chambres froides, en particulier quand un salarié travaille seul ou reste enfermé par accident (voir notre article sur les entrepôts frigorifiques) ;
- le BTP, les espaces verts, la voirie, la collecte des déchets ;
- les livreurs et chauffeurs immobilisés par une panne en hiver ;
- les ateliers et halls de stockage peu ou pas chauffés.
Certains profils décompensent plus vite : salarié âgé ou très mince, personne fatiguée, à jeun, sous certains traitements, ou ayant consommé de l’alcool. L’alcool donne une sensation de chaleur trompeuse alors qu’il accélère la perte de chaleur.
Reconnaître l’hypothermie selon sa gravité
Sans thermomètre adapté, personne ne mesure la température interne sur un quai ou un chantier. Un Sauveteur Secouriste du Travail (SST) s’appuie donc sur ce qu’il observe.
| Stade | Ce que l’on observe |
|---|---|
| Légère | Frissons intenses, peau pâle et froide, mains maladroites, difficulté à faire des gestes fins (fermer une fermeture éclair, manipuler un outil) |
| Modérée | Les frissons diminuent ou s’arrêtent, confusion, propos incohérents, démarche titubante, somnolence, la victime refuse parfois l’aide |
| Sévère | Perte de connaissance, respiration lente et difficile à percevoir, pouls très faible : urgence vitale |
Le signe à retenir est le même que pour le coup de chaleur, mais inversé : une victime qui arrête de frissonner alors qu’elle est toujours dans le froid ne se réchauffe pas, elle s’aggrave. Le corps n’a plus l’énergie de produire de la chaleur.
Les gelures, souvent associées
Doigts, orteils, oreilles et nez sont touchés en premier. La peau devient blanche ou grisâtre, dure, insensible. Une gelure peut exister sans hypothermie générale, notamment chez un salarié qui manipule des produits congelés sans gants adaptés.
Les gestes de premiers secours
La logique est celle enseignée en formation SST : protéger, examiner, alerter, secourir.
- Soustraire la victime au froid : la mettre à l’abri du vent et de la pluie, dans un local chauffé ou à défaut une cabine de véhicule chauffée.
- Retirer les vêtements mouillés et les remplacer par des vêtements secs, ou envelopper la victime dans des couvertures. Couvrir la tête et isoler du sol.
- Alerter le 15 ou le 112 dès que la victime est confuse, somnolente, ne frissonne plus ou a perdu connaissance. En cas d’hypothermie légère qui ne s’améliore pas, l’appel reste justifié.
- Donner une boisson chaude et sucrée uniquement si la victime est parfaitement consciente et avale sans difficulté.
- Surveiller en continu la conscience et la respiration jusqu’à l’arrivée des secours.
En cas d’hypothermie sévère, la victime doit être manipulée avec beaucoup de douceur et maintenue allongée : un cœur très refroidi est fragile, et des mouvements brusques peuvent déclencher un trouble grave du rythme cardiaque. Si elle ne respire plus, on débute la réanimation et on utilise le défibrillateur, comme détaillé dans notre article sur la PLS, la RCP et le DAE.
Les erreurs qu’on voit encore
Les mauvais réflexes viennent souvent de bonnes intentions :
- Frictionner les membres ou masser une gelure : on abîme des tissus déjà lésés. Pour une gelure, on retire bagues et montres, on protège la zone et on ne la réchauffe que si elle ne risque pas de geler à nouveau.
- Approcher les mains d’un radiateur ou d’un pistolet à air chaud : la peau insensible brûle sans que la victime le sente.
- Proposer un verre d’alcool « pour réchauffer ».
- Faire marcher ou courir une victime en hypothermie modérée pour qu’elle « se remette en route ».
- Laisser la personne repartir seule chez elle en voiture parce qu’elle dit que ça va mieux.
Ce que l’employeur doit prévoir
L’article L4121-1 du Code du Travail impose d’évaluer le risque lié au froid et de l’inscrire dans le document unique. Le Code prévoit aussi que les locaux fermés affectés au travail soient chauffés pendant la saison froide (art. R4223-13) et que les postes extérieurs protègent les salariés contre les conditions atmosphériques (art. R4225-1).
Dans la pratique, les mesures qui font la différence sont simples : un local chaud accessible pour les pauses, des vêtements de rechange sur les chantiers et les bateaux, des rotations en chambre froide, une boisson chaude disponible, et surtout l’interdiction du travail isolé dans les situations les plus exposées. Lors des épisodes de vigilance grand froid, l’organisation des horaires doit être revue.
Reste la question que pose chaque accident : qui, sur place, saura reconnaître l’état de la victime et faire les bons gestes ? Notre formation Sauveteur Secouriste du Travail, certifiée INRS, prépare vos salariés à ces situations avec des mises en situation adaptées à vos postes. Basés à Saint-Malo, nos formateurs interviennent sur les ports, chantiers et sites logistiques d’Ille-et-Vilaine et de toute la Bretagne. Pour un devis avant l’hiver : contact@active-formation.fr.