Local de charge de chariots élévateurs : quel risque incendie en entrepôt ?

Dans un entrepôt logistique ou un site industriel, le local de charge des chariots élévateurs passe souvent inaperçu dans l’analyse des risques. On y pense pour l’électricité, rarement pour l’incendie. Pourtant, une batterie de traction au plomb en charge dégage de l’hydrogène, un gaz inflammable qui s’accumule si la ventilation est insuffisante. Ajoutez des chargeurs qui tournent toute la nuit sans surveillance et des chariots garés serrés les uns contre les autres, et le local de charge devient l’un des points les plus sensibles du site.

Un dégagement de gaz que peu de sites anticipent

Les batteries au plomb-acide, encore majoritaires sur les chariots élévateurs, électrolysent une partie de l’eau qu’elles contiennent pendant la charge. Le résultat : un dégagement d’hydrogène, gaz incolore et inodore, dont le seuil d’inflammabilité dans l’air est bas. Dans un local mal ventilé, la concentration peut atteindre ce seuil en quelques heures de charge simultanée sur plusieurs engins.

Ce risque est distinct de celui des batteries lithium-ion qu’on retrouve sur les vélos et trottinettes électriques d’entreprise, où le danger vient d’un emballement thermique interne à la cellule. Ici, le danger vient de l’atmosphère du local lui-même, qui peut devenir explosive avant même qu’un défaut électrique ne survienne.

Trois configurations aggravent la situation en pratique :

Ce que doit prévoir l’employeur

L’article L4121-1 du Code du travail impose d’évaluer ce risque et de le tracer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), au même titre que le risque chimique ou électrique. Plusieurs points structurent une mise en conformité sérieuse :

Point de vigilanceExigence pratique
Ventilation du localNaturelle haute et basse, ou mécanique si le volume ou la configuration l’imposent
Séparation avec le stockageLocal isolé par une paroi coupe-feu, idéalement dédié uniquement à la charge
Interdiction de fumer et flamme nueSignalétique visible, application stricte y compris pour les intervenants extérieurs
Matériel électrique adaptéPrises et éclairage compatibles avec une atmosphère potentiellement explosive
Chargeurs et câblesContrôle régulier, remplacement des câbles dénudés ou des connecteurs abîmés
ExtinctionExtincteurs adaptés à proximité, jamais d’eau projetée directement sur les bornes en charge

Le local doit également apparaître dans le registre de sécurité de l’établissement lorsque celui-ci est soumis à cette obligation, avec les dates de vérification des installations électriques et de ventilation.

Charge de nuit : le scénario le plus fréquent

La plupart des flottes de chariots élévateurs chargent en fin de journée, pour être prêtes le lendemain matin. Le local fonctionne donc sans personnel présent pendant plusieurs heures, exactement comme les zones de charge de véhicules électriques que nous avions abordées dans notre article sur les bornes de recharge en entreprise. Un départ de feu nocturne dans un local de charge de chariots dispose alors de tout le temps nécessaire pour se propager avant d’être détecté, surtout si le local communique directement avec la zone de stockage.

Une détection incendie dédiée à ce local, distincte de la détection générale de l’entrepôt, réduit ce délai de découverte. Sur un site où le local de charge est proche des issues de secours ou des cheminements d’évacuation, l’implantation mérite d’être revue avec le même soin que celle des extincteurs ou des colonnes sèches.

Former les équipes qui interviennent dans ce local

Les caristes et les agents de maintenance qui manipulent les batteries au quotidien ne perçoivent pas toujours le local de charge comme une zone à risque incendie, alors qu’ils y passent plusieurs fois par jour. Un chargeur qui reste branché après la fin de charge, un ventilateur d’extraction à l’arrêt depuis plusieurs semaines, ou un stockage temporaire de cartons dans le local : ce sont des dérives ordinaires qui se corrigent avec un minimum de sensibilisation au risque incendie.

La formation Équipier de Première Intervention (EPI) donne aux salariés désignés les bons réflexes face à un départ de feu dans ce type de local : ne pas ouvrir la porte en grand sur une atmosphère potentiellement chargée en gaz, donner l’alerte avant toute tentative d’extinction, et connaître les limites d’un extincteur portatif face à ce risque spécifique. Sur un site où le local de charge se trouve loin du poste de garde ou de l’accueil, coupler cette formation à un exercice d’évacuation régulier permet de vérifier que l’alerte remonte bien, même en dehors des heures de forte activité.

En résumé

Le local de charge des chariots élévateurs cumule un risque de dégagement gazeux, une activité souvent nocturne et sans surveillance, et une proximité fréquente avec les zones de stockage. Une évaluation sérieuse du risque, une ventilation adaptée et des équipes formées limitent nettement l’exposition de l’entreprise. Basés à Saint-Malo, les formateurs d’Active-Formation interviennent dans toute la Bretagne pour adapter vos formations incendie aux risques réels de votre site logistique.