Projection de produit chimique au travail : les gestes qui comptent
Un bidon de détartrant qui éclabousse lors d’un transvasement, un flexible qui lâche sur une machine de nettoyage, un agent d’entretien qui mélange deux produits dans un seau : les projections chimiques ne concernent pas que l’industrie lourde. On les retrouve en cuisine professionnelle, en blanchisserie, en garage, en piscine, en exploitation agricole et dans toutes les équipes de ménage. Dans la plupart des cas, ce qui se passe dans les dix premières secondes pèse plus lourd sur les séquelles que tout ce qui suit à l’hôpital.
Voici ce que doit faire le collègue présent, ce qu’il ne doit surtout pas faire, et ce que l’employeur doit avoir prévu avant l’accident.
Pourquoi chaque seconde compte
Un produit corrosif continue d’agir tant qu’il reste au contact des tissus. Les bases (soude caustique, certains dégraissants, déboucheurs, produits de lavage industriel) sont souvent plus dangereuses que les acides pour l’œil : elles pénètrent en profondeur et la douleur peut rester modérée au début, ce qui pousse la victime à minimiser.
Sur la peau, une brûlure chimique peut sembler bénigne pendant plusieurs minutes avant que les lésions apparaissent. Le réflexe « ça va, ça pique juste un peu » fait perdre le temps le plus utile.
Projection dans les yeux : la conduite à tenir
L’œil est la priorité absolue. Le geste est simple, mais il est presque toujours fait trop court.
- Rincer immédiatement à l’eau claire tiède ou à température ambiante, sans attendre d’avoir trouvé le flacon lave-œil idéal. Un robinet, une douchette ou une bouteille d’eau valent mieux que trente secondes de recherche.
- Maintenir les paupières ouvertes : la victime ferme l’œil par réflexe. Il faut écarter les paupières avec les doigts, en orientant l’écoulement du coin intérieur vers l’extérieur pour ne pas contaminer l’autre œil.
- Rincer longtemps : au moins 15 minutes, montre en main. En pratique, la plupart des rinçages s’arrêtent au bout d’une ou deux minutes, dès que la douleur baisse.
- Retirer les lentilles de contact si elles viennent facilement, sans interrompre le rinçage.
- Alerter (15 ou 112) pendant que le rinçage continue, idéalement en faisant appeler un tiers.
Un détail qui compte : un flacon lave-œil de 500 ml se vide en une à deux minutes. Il sert à démarrer le rinçage sur place, pas à le terminer. La suite se fait sous un point d’eau ou une fontaine oculaire.
Projection sur la peau et les vêtements
- Retirer les vêtements imbibés, y compris montre, bagues et chaussures si le produit a coulé dedans. Un tissu contaminé maintient le produit contre la peau.
- Se protéger soi-même : gants si disponibles, sans toucher les zones souillées à mains nues.
- Rincer abondamment la zone sous l’eau, là aussi pendant de longues minutes.
- Couvrir ensuite avec un pansement propre et sec, sans appliquer de crème ni de pommade.
Pour les grandes surfaces exposées, la douche de sécurité devient indispensable. Une projection sur le torse ou les jambes ne se traite pas correctement au lavabo.
Les erreurs les plus fréquentes sur le terrain
| Erreur | Pourquoi c’est dangereux |
|---|---|
| Neutraliser un acide avec une base (ou l’inverse) | La réaction dégage de la chaleur et aggrave la brûlure |
| Arrêter le rinçage dès que la douleur diminue | Le produit continue d’agir en profondeur |
| Frotter l’œil ou la peau | Fait pénétrer le produit et abîme les tissus |
| Appeler les secours sans connaître le produit | Le médecin régulateur ne peut pas adapter ses consignes |
| Laisser la victime repartir seule à son poste | Les lésions oculaires peuvent s’aggraver dans les heures suivantes |
Sur ce dernier point, toute projection oculaire par un produit corrosif justifie un avis médical, même si la victime affirme bien voir.
Donner les bonnes informations aux secours
Le régulateur du SAMU vous demandera ce qui a été projeté. Ayez le réflexe d’apporter l’étiquette du produit ou sa fiche de données de sécurité (FDS). La rubrique 4 de la FDS est consacrée aux premiers secours et précise la conduite à tenir pour ce produit précis. Le centre antipoison peut aussi être contacté en complément pour un avis toxicologique.
Une bonne pratique observée dans les entreprises bien organisées : un classeur de FDS rangé près de la zone de stockage, ou un QR code collé sur l’armoire à produits. Le jour de l’accident, personne ne cherche le fichier sur le serveur du siège.
Ce que l’employeur doit avoir préparé
L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur d’évaluer et de prévenir les risques, ce qui inclut le risque chimique dès qu’un produit étiqueté corrosif ou irritant est utilisé. Concrètement :
- Équipements de rinçage adaptés : flacons lave-œil vérifiés (ils ont une date de péremption, souvent oubliée), fontaine oculaire ou douche de sécurité près des postes exposés.
- Lunettes et gants réellement portés lors des transvasements, dilutions et nettoyages de machines.
- Consignes affichées au poste, avec les numéros d’urgence.
- Salariés formés au secourisme : l’article R4224-15 du Code du travail impose la présence d’un membre du personnel formé aux premiers secours dans les ateliers où sont effectués des travaux dangereux.
Le contenu de la trousse de secours doit lui aussi refléter ce risque : matériel de rinçage oculaire en tête de liste. Pour les brûlures thermiques et les plaies associées, notre article sur les gestes face aux hémorragies et brûlures complète ces consignes.
Former ceux qui seront sur place
Un rinçage de 15 minutes paraît évident sur le papier. Face à un collègue qui crie et refuse d’ouvrir l’œil, c’est une autre affaire. La formation Sauveteur Secouriste du Travail (SST) entraîne précisément à cela : protéger sans s’exposer, examiner, alerter avec les bonnes informations et tenir le geste dans la durée. Le formateur peut adapter les mises en situation aux produits réellement présents dans votre activité.
Vous utilisez des produits corrosifs en atelier, en cuisine ou en entretien ? Basés à Saint-Malo, les formateurs d’Active-Formation interviennent sur site en Ille-et-Vilaine, dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Morbihan. Contactez-nous pour monter une session SST construite autour de vos situations de travail.